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Janvier 2012

Rithy Panh avec Christophe Bataille, L'élimination, Grasset, 19 euros.

"Kaing Guek Eav, dit Duch, fut le responsable du centre de torture et d'exécution S21, dans Phnom Penh, de 1975 à 1979. Il explique avoir choisi ce nom de guérilla en souvenir d'un livre de son enfance, où le petit Duch était un enfant sage.
12380 personnes au moins furent torturées dans ce lieu. Les suppliciés qui avaient avoué étaient exécutés dans le "champ de la mort" de Choeung Ek, à quinze kilomètres au sud-est de Phnom Penh – également sous la responsabilité de Duch. A S21, nul n'échappe à la torture. Nul n'échappe à la mort."

Le décor est planté, le Cambodge, les Khmers rouges, le 17 avril 1975 et le début du règne de Pol Pot. L'auteur, 13 ans à l'époque, est fils de haut fonctionnaire et fait partie de ce "nouveau peuple" : "capitalistes, féodaux, fonctionnaires, classes moyennes, intellectuels, professeurs, étudiants", la "classe bourgeoise" que le nouveau régime va chercher à détruire. Deux millions de cambodgiens vont mourir, soit un quart de la population.
30 plus tard, le cinéaste Rithy Panh tente de comprendre pourquoi toute sa famille a été décimée. Il raconte l'exode et la "rééducation" par le travail de la terre dans un récit bouleversant, entrecoupé du portrait qu'il souhaite faire de Duch emprisonné avant son procès. Il est à la recherche d'une vérité, d'aveux, de faits, d'une parcelle d'humanité chez cet homme qui fut l'un des pires bourreaux de ce régime. La confrontation entre le récit de la victime et les descritpions parfois très crues de Duch est bouleversante.

"Je voudrais que ces pages soient loin des slogans khmers rouges, loin de la violence. Loin de la révolution.
On nous a longtemps privés de douceur et de sensibilité. Maintenant que le Cambodge a retrouvé une forme de liberté, une forme de paix, maintenant que sa belle jeunesse emporte tout, jusqu'à l'histoire, jusqu'au souvenir, je voudrais que ce livre nous rende la noblesse de la dignité."

Un grand livre sur notre mémoire contemporaine et la barbarie – à nouveau – 30 ans après la Shoah.

Lecture et signature d'Antoine Laurain, le 2 février 2012

Le Tumulte des mots a le plaisir de vous convier le jeudi 2 février à 19h00

à une lecture suivie d'une signature d'Antoine Laurain

pour son roman, Le Chapeau de Mitterrand (Flammarion)

Une critique parue dans le Dailyneuvième ici

Nombre de places limité.
Merci de bien vouloir réserver par mail ou par téléphone

Bruno Migdal, Petits bonheurs de l'édition, La Différence, 10,15 €, et Carole Achache, Fille de, Stock, 18,50 €.

A quarante ans passés, Bruno Migdal prend un congé sabbatique pour effectuer un stage chez un vieux et célèbre éditeur de la rue des Saint-Pères. Le journal qu'il tient nous fait  découvrir les coulisses de la Maison, comme il l'appelle, les montagnes de manuscrits dont il doit faire des fiches de lecture, les lettres de refus qui accompagnent l'évaluation de la plupart des textes. Rien n'échappe à l'auteur, qui croque malicieusement les habitudes et les travers du petit monde de l'édition parisienne, offrant au lecteur une plongée savoureuse dans cet univers singulier.

Extrait : "La quarantaine bien entamée, séchant sur pied dans ma fonction d'administratif  au sein d'un organisme scientifique, j'ai souhaité explorer le monde de l'édition. Je lançai des bouteilles à la mer, certaines finirent par atteindre les côtes. José Corti y répondit fort élégamment - à la main - regrettant l'impossibilité d'y donner suite. Et quand mon inclination me portait vers un éditeur discret, studieux - songeant secrètement à Minuit dont je fréquente les austères couvertures et qui, comme tout objet désiré, restera glacial et mutique -, l'empathie d'un premier contact téléphonique  débouchait quelques mois plus tard sur une proposition inattendue de stage chez l'un des plus mondains, des plus parisiens de tous les éditeurs. On rêve d'une longue et mystérieuse femme, une petite exubérante et rigolote vous attrape."

Un texte qui fait écho au joli livre de Carole Achache qui raconte son enfance au travers des rencontres que faisait sa mère, éditrice chez Gallimard dans les années d'après guerre. L'occasion de retrouver au travers de ses souvenirs Jean Genet, qui fut son parrain, Marguerite Duras, Jorge Semprun, William Faulkner et bien d'autres auteurs qui fréquentèrent cette autre célèbre Maison.

Antoine Laurain, le chapeau de Mitterrand, Flammarion, 18 €.

Une belle surprise de la rentrée de janvier avec ce livre drôle, enlevé, plein de rebondissements et de charme.

Daniel, comptable, voit son destin transformé par son dîner dans une brasserie parisienne, au cours duquel son voisin de table, François Mitterrand, oublie son chapeau.

Nous allons suivre les pérégrinations de ce couvre-chef emblématique, qui va transformer la vie de tous ceux qui vont le porter.

Une plongée pas si nostalgique, dans  la France des années 80, qui doit nous faire croire aux "forces de l'esprit" !

Revue XXI numéro 17 : histoires de justes, dans la vie des autres, 15.50 €.

La sortie du dernier numéro de cette revue - qui aborde sa 5ème année d'existence - est à nouveau l'occasion de découvrir un certain journalisme. Comme l'expliquent Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry dans leur préface, "une porte a été ouverte et (...) il existe de multiples pistes à explorer pour des média post-Internet".

Ce numéro dresse le portrait de gens ordinaires qui, par leurs parcours, ont été confrontés à la justice et à la transformation de leurs vies. "Ils nous interrogent sur la vie des autres, notre vie".

Et puis des enquêtes en Afrique, au Cambodge, sur Bachar-el-Assad, une entrevue avec le prix Nobel Ohran Pamuk...

Une revue riche, pour une prise de recul salutaire et enrichissante.

Joyeuse année 2012 !

Pour cette seconde rentrée littéraire de l'année, venez découvrir, parmi les 480 romans sortis, l'excellent roman de David Lodge, Un homme de tempérament; chez Rivages (24€50). La vie de H.G.Wells racontée avec l'humour qui caractérise cet auteur, dans l'Angleterre du début du siècle dernier.

Un grand livre qui nous permet de souhaiter tous nos voeux de bonne année aux lecteurs du Tumulte !