"Kaing Guek Eav, dit Duch, fut le responsable du centre de torture et d'exécution S21, dans Phnom Penh, de 1975 à 1979. Il explique avoir choisi ce nom de guérilla en souvenir d'un livre de son enfance, où le petit Duch était un enfant sage.
12380 personnes au moins furent torturées dans ce lieu. Les suppliciés qui avaient avoué étaient exécutés dans le "champ de la mort" de Choeung Ek, à quinze kilomètres au sud-est de Phnom Penh – également sous la responsabilité de Duch. A S21, nul n'échappe à la torture. Nul n'échappe à la mort."
Le décor est planté, le Cambodge, les Khmers rouges, le 17 avril 1975 et le début du règne de Pol Pot. L'auteur, 13 ans à l'époque, est fils de haut fonctionnaire et fait partie de ce "nouveau peuple" : "capitalistes, féodaux, fonctionnaires, classes moyennes, intellectuels, professeurs, étudiants", la "classe bourgeoise" que le nouveau régime va chercher à détruire. Deux millions de cambodgiens vont mourir, soit un quart de la population.
30 plus tard, le cinéaste Rithy Panh tente de comprendre pourquoi toute sa famille a été décimée. Il raconte l'exode et la "rééducation" par le travail de la terre dans un récit bouleversant, entrecoupé du portrait qu'il souhaite faire de Duch emprisonné avant son procès. Il est à la recherche d'une vérité, d'aveux, de faits, d'une parcelle d'humanité chez cet homme qui fut l'un des pires bourreaux de ce régime. La confrontation entre le récit de la victime et les descritpions parfois très crues de Duch est bouleversante.
"Je voudrais que ces pages soient loin des slogans khmers rouges, loin de la violence. Loin de la révolution.
On nous a longtemps privés de douceur et de sensibilité. Maintenant que le Cambodge a retrouvé une forme de liberté, une forme de paix, maintenant que sa belle jeunesse emporte tout, jusqu'à l'histoire, jusqu'au souvenir, je voudrais que ce livre nous rende la noblesse de la dignité."
Un grand livre sur notre mémoire contemporaine et la barbarie – à nouveau – 30 ans après la Shoah.